Conteneur surprise à Taïwan

Architecture
Lundi 14 novembre 2016




« Faites tout ce que vous voulez avec un conteneur recyclé ». Voici l’étrange commande à laquelle Eric Cassar a été invité à répondre dans le cadre d’un festival international de conteneurs organisé par le musée des Beaux-Arts de la ville portuaire de Kaohsiung, à Taïwan. L’architecte parisien a alors proposé et mis en œuvre un projet intitulé « Interstices urbains ». Un concept original et transposable partout qu’Urbis le mag a eu envie de vous faire découvrir.

En ville, les habitants sont inondés de signaux, d’informations et d’offres de services divers : panneaux publicitaires, enseignes clignotantes, affichage municipal, transports en commun… Sur la base de ce constat, Eric Cassar a « eu envie de regrouper en un seul lieu tous ces éléments qui, visuellement, polluent quelque peu l’espace public ».


A un conteneur posé à la verticale « de façon à faire signal », il a donc adossé un arrêt de bus, des bancs et une station de vélo en libre-service abrités.

Il a également imaginé y accrocher plusieurs écrans vidéos de façon à pouvoir diffuser un maximum d’informations de différentes natures.

Coupé du monde

L’intérieur du conteneur a été pensé exactement sur le mode inverse. Passage obligé avant d’y pénétrer : un sas aménagé pour s’alléger de son téléphone portable, tout en le mettant à charger. Et puis, la découverte d’une minuscule pièce totalement vide – à l’exception d’un petit escalier permettant de s’assoir. Une pièce à la blancheur immaculée, faiblement éclairée par le biais d’une vitre découpée sur le haut du conteneur.

A l'extérieur, un conteneur hyperconnecté à la vie urbaine ; à l’intérieur, un lieu hors du temps.

Un lieu hors du temps, totalement déconnecté de la trépidante vie urbaine qui a été pensé pour n’accueillir qu’un visiteur à la fois et lui offrir une respiration, une coupure, un ailleurs pour s’évader. « J’avais aussi dans l’idée qu’il puisse permettre aux mères d’allaiter au calme leur bébé », indique Eric Cassar.

D'autres usages possibles

L’architecte aimerait désormais voir son dispositif d’interstices urbains repris par d’autres villes : « Le concept conviendrait particulièrement bien à un événement lié aux transports en commun ou à l’art, ou liant les deux. Je pense par exemple à la possibilité d’organiser un festival artistique atypique dont les œuvres seraient disséminées dans 5 ou 6 conteneurs répartis aux arrêts de bus un peu partout en ville. Et pour découvrir la totalité de l’exposition, il faudrait impérativement… prendre le bus. »

« L'un des écrans vidéos pourrait permettre de financer l'événement en diffusant de la publicité. Un autre diffuserait de l'art-vidéo dans la ville et d'autres, plus petits, pourraient retransmettre en temps réel des images filmées à un autre arrêt de bus, voire dans un bus. » Une façon de valoriser la dimension humaine et conviviale des transports en commun...

 


A 38 ans, Eric Cassar est le fondateur d'Arkhenspaces, un bureau d'architecture, d'urbanisme et de design créé à Paris en 2005. Architecte DPLG et ingénieur en bâtiment. Il est sur le point de publier un livre intitulé « Pour une ar(t)chitecture subtile » aux éditions HYX.

L'auteur

Journaliste spécialisée dans les questions urbaines, Vanessa Delevoye est la rédactrice-en-chef d'Urbis le mag.

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