L'eau industrielle en questions

Energie
Lundi 29 février 2016

Dans le Dunkerquois, douze entreprises consomment à elles seules 23 millions de m3 d’eau industrielle, soit le double de la consommation d’eau potable annuelle du territoire !

C'est quoi l'eau industrielle ?

Un réseau de distribution d’eau distinct de celui de l’eau potable, créé en 1971 avec le développement du pôle industriel. Géré par un établissement public – le syndicat de l’Eau du Dunkerquois –, ce réseau est le deuxième de France en termes de volumes d’eau consommés, juste derrière Le Havre (30 millions de m3).

Quels sont les plus gros consommateurs d’eau industrielle ?

En 2014, avec plus de 14 millions de m3 d’eau industrielle consommée, ArcelorMittal Dunkerque arrive largement en tête, suivi par Versalis France (fabrication de produits chimiques) avec plus de 4 millions de m3. On trouve en troisième position la Centrale nucléaire de Gravelines (850 000 m3 annuels).

4.- ArcelorMittal Mardyck (655 000 m3)

5.- Ajinomoto Sweeteners – devenu Hyet Sweeteners en 2015 (238 000 m3)

6.- Rio Tinto Alcan (217 000 m3)

7.- Sea Bulk (200 000 m3)

8.- Befesa Zinc (184 000 m3)

9.- Ryssen Alcools (150 000 m3)

10.- Total - établissement des Flandres (101 000 m3)

11.- Kernéos Aluminate Technologies (79 000 m3)

12.- Befesa Valera (4 700 m3)

D’où vient l’eau industrielle ?

Elle est principalement puisée dans un bief du canal de Bourbourg. Comme l’explique Céline Lericque, directrice générale des services de l’Eau du Dunkerquois, « ce pompage s’effectue en collaboration avec les Voies navigables de France : il participe en effet à la régulation des niveaux d’eau de surface et à l’évacuation des eaux de pluie excédentaires ». En cas de sécheresse, en période estivale, le pompage s’effectue sous haute surveillance, le tirant d’eau nécessaire au passage des péniches devant impérativement être préservé.

L’eau industrielle est-elle un atout pour le territoire ?

La présence du réseau d’eau industrielle aurait été décisive pour l’implantation de la plate-forme de reconversion de Total suite à la fermeture de la raffinerie des Flandres. Selon Céline Lericque, « l’approvisionnement en eau est une donnée que toutes les entreprises industrielles en quête d’un lieu d’implantation vérifient ». L’usine de phosphate Ecophos, dont l’activité sera pleinement déployée en 2017, et l’une de ses entreprises sous-traitantes, rejoindront bientôt les rangs des usagers de l’eau industrielle.

Que se passe-t-il en cas de rupture d’approvisionnement d’eau industrielle ?

Le service délivré en matière d’eau industrielle ne tolère aucune interruption : en cas de rupture d’approvisionnement, une cascade d’événements est susceptible de se produire : des arrêts de production bien sûr, des destructions de l’outil de production (non alimentés en eau, les hauts fourneaux s’effondrent), voire même des situations à haut risque telles des explosions !

« Ce haut niveau de risque, c’est l’une des raisons pour lesquelles nous passons un contrat avec un prestataire privé – la Lyonnaise des eaux vient d’obtenir le marché de la gestion du réseau de l’eau industrielle pour 12 ans. Pour une collectivité publique comme nous, le portage du risque est inassurable. C’est pourquoi le syndicat de l’Eau du dunkerquois procède à la sécurisation technique de ce service… », indique Céline Lericque.

Quels sont les enjeux d’avenir de l’eau industrielle ?

Le principal enjeu d’avenir consiste logiquement à accroître la sécurité autour de l’approvisionnement : depuis début 2000, 10 millions d’euros ont été investis dans ce but par l’Eau du Dunkerquois. En 2016 et 2017, 3,2 millions seront encore consacrés à maximiser la sécurisation de l’approvisionnement d’ArcelorMittal et des industries situées à l’Ouest du territoire.

« Contrairement à nous, Le Havre a un stock d’eau "au cas où". C’est pourquoi nous sommes en train de développer une piste nous permettant de parer à tout souci : le doublement du réseau de pompage d’eau depuis la rivière de l’Aa », résume Céline Lericque avant de balayer d’un revers de la main l’hypothèse d’utiliser l’eau de mer : « Le dessalement coûte beaucoup trop cher en l’état actuel des technologies… »

C’est à Bourbourg qu’est située l’usine de production de l’eau industrielle : l’eau y est distillée, tamisée mais pas traitée.


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