Panneaux, priorités, marquages au sol : la rue nouvelle est arrivée

Urbanisme
Vendredi 20 avril 2018

Un trottoir traversant à Dunkerque.




Dans nos rues, de nouveaux aménagements fleurissent et déconcertent : ils bouleversent l’ordre établi depuis plusieurs dizaines d’années en France ; celui d’une rue dévolue à la voiture.

Suite au décret paru en 2015, le "plan d’action sur les mobilités actives" a donné le jour à de nombreuses nouveautés en matière d’aménagement de la voirie. Le but est de favoriser, grâce à un meilleur partage de l’espace public, les modes actifs que sont la marche et le vélo.

Un changement de paradigme pas si facile que cela à accepter pour les automobilistes : depuis les années 50-60, et durant de longues années ensuite, les villes françaises ont été pensées et construites pour les voitures.

Qualité de vie urbaine

Les nouveaux aménagements de voirie changent la donne. Outre l’enjeu de protection des piétons et des cyclistes, l’amélioration de la qualité de l’air, la lutte contre les nuisances sonores et contre le stress urbain sont également en jeu. Mais les débuts sont parfois difficiles.

Ainsi, lorsque Lille a totalement revu son plan de circulation dans le but d’éliminer le trafic de transit de son centre-ville, les critiques ont été vives. Les automobilistes ont dû changer leurs habitudes pour adopter un modèle où circuler et stationner devenait plus contraignant. Cela explique leurs réactions virulentes.

Des villes en résistance ?

Peu après les dernières élections municipales, certaines villes, comme Béthune ou Tourcoing, ont rétabli le stationnement sur des places jusque-là piétonnes. L’argument était de favoriser le commerce de proximité. Or, l’argument ne tient pas : il va à l’encontre de toutes les études sur le sujet. On sait en effet qu’en milieu urbain, les principaux clients des commerces de proximité sont des piétons.

Arras, dans le Pas-de-Calais, a fait exactement l’inverse en supprimant les dernières places de parkings qui subsistaient sur la place des Héros. Parmi les villes qui innovent et travaillent le sujet, on peut citer Strasbourg – historiquement pionnière –, les métropoles de Nantes, Bordeaux, Lyon mais aussi des villes moyennes comme Chartres, Grenoble, La Rochelle…

Les associations de cyclistes entendues

En 2008, le "code de la rue" a introduit le principe de prudence en faveur de l’usager le plus vulnérable, le piéton. On a alors vu apparaître les zones de rencontres, un aménagement résolument en faveur du piéton et où il est prioritaire.

Le décret de 2015 fait la part belle aux vélos : de nombreuses évolutions réglementaires les concernent. Le milieu associatif, particulièrement structuré – trois grandes associations co-existent en France : la Fubicy, l’Association des départements et régions cyclables, le Club des villes et territoires cyclables – a su faire entendre sa voix.

S’ils ne bénéficient pas de la force de frappe d’associations dédiées, les piétons ne sont pas oubliés pour autant. La loi Handicap de 2005 oblige en effet à une réflexion sur les aménagements accessibles pour tous les piétons, à mobilité réduite, porteurs d’un handicap. L’augmentation de l’amende infligée en cas de stationnement gênant, qui est passée de 35 à 135 euros tout récemment, vise aussi à les protéger.

Plan piéton

La marche a longtemps occupé une place marginale dans les politiques de mobilité. Deuxième mode de déplacement en ville derrière la voiture, elle figure aujourd’hui au cœur des réflexions des collectivités locales. Strasbourg est la première ville française – mais sans doute pas la dernière – à avoir établi un plan piéton. Cette démarche, courante en Suisse, consiste à faire un diagnostic des déplacements piétons, des besoins, des coupures urbaines, des détours, des dangers... La finalité étant de résoudre les obstacles à la marche.

Zoom sur 5 nouveaux aménagements

Urbis le Mag vous propose de découvrir quelques-unes des évolutions réglementaires récentes en compagnie de Bertrand Deboudt, spécialiste de la sécurité et des mobilités actives au Cerema.

1. La Vélorue


Ce concept de rue cyclable existe en Belgique. Le décret de 2015 l’a rendu possible en France.

Dans une rue où la présence automobile est faible et la vitesse égale ou inférieure à 30km/h, un marquage au sol incite les cyclistes à rouler au centre. Il existe pour le moment une seule vélorue en France, à Strasbourg.

2. Le trottoir traversant

Il s’agit d’un trottoir qui ne s’interrompt pas lors d’une intersection, il est dit traversant. Le piéton est alors prioritaire sur l’automobiliste qui arrive.

3. Le double sens cyclable


Cet aménagement très sûr pour les cyclistes a largement fait ses preuves dans de nombreuses villes françaises. Paris ou Lille en comptent par exemple beaucoup. Le double sens cyclable est rendu obligatoire par la loi dans les rues à sens unique où la vitesse est égale ou inférieure à 30km/h.

4. La chaucidou ou chaussée à voie centrale banalisée


C’est un aménagement peu courant car il répond à des situations très spécifiques : une voie de circulation très étroite, un trafic automobile moyen (5 000 véhicules par jour selon les recommandations du Cerema). Sur une chaucidou, les voitures roulent sur une voie centrale unique et sont autorisées, en cas de croisement avec un véhicule motorisé, à emprunter les accotements de part et d’autre de la route.

5. Cédez le passage cycliste

Depuis 2012, les cyclistes sont autorisés à franchir le feu rouge lorsqu’ils tournent à droite, sous réserve de laisser le passage à tous les usagers, en particulier aux piétons bénéficiant du feu vert. Depuis 2015, ils peuvent aussi faire de même s’ils vont tout droit ou à gauche, toujours sous réserve de laisser passer d'abord les autres usagers prioriatires. En termes de sécurité, le gain est énorme pour les cyclistes. Peu de villes ont encore apposé les panneaux spécifiques instaurant ces nouveaux cédez le passage. On peut en observer à Sceaux et à Paris par exemple.

Et demain ?

La France est désormais dotée d’un arsenal législatif qui devrait lui permettre de combler son retard en matière de partage plus égalitaire de la rue entre les usagers.

Au vu de toutes les nouveautés instaurées cette dernière décennie en matière de code de la rue, il faudra encore quelques années pour que toutes les villes, et pas uniquement les métropoles, se les approprient et que les automobilistes s’y accoutument totalement.

En 2018, une nouvelle loi mobilité devrait voir le jour suite aux Assises de la mobilité qui se sont tenues en 2017. Trois scénarios d’orientation ont été rédigés dans cette perspective.

 

Le site du Cerema est une mine d’informations sur les nouveaux aménagements de voirie.

Sur la vélorue : https://www.cerema.fr/fr/centre-ressources/newsletters/transflash/transflash-ndeg-412-fevrier-2018/strasbourg-inaugure-premiere-velorue-france

Sur le trottoir traversant : https://www.cerema.fr/fr/actualites/trottoir-traversant-atout-confort-pietons

Sur le cédez le passage cycliste au feu : http://voiriepourtous.cerema.fr/le-cedez-le-passage-cycliste-au-feu-r180.html

 

L'auteur

Journaliste spécialisée dans les questions urbaines, Vanessa Delevoye est la rédactrice-en-chef d'Urbis le mag.