Tri des déchets : les solutions pour que ça marche

Propreté urbaine
Jeudi 22 février 2018

Relooking d'un point d'apport volontaire (photomontage).




S’intéresser aux enjeux de développement urbain, c’est aussi s’intéresser aux sujets les plus triviaux. Par exemple aux points d’apport volontaire de déchets, qui posent des problèmes partout où ils sont implantés : vandalisme, saleté, dépôts sauvages... Des solutions existent-elles pour encourager les habitants à les utiliser plus et mieux ? C’est ce qu’Urbis le Mag a cherché à savoir.

Dans les colloques professionnels où l’on parle des déchets, le sujet fait invariablement l’objet d’une communication ou d’un atelier : depuis son apparition il y a quelques années, le point d’apport volontaire a mis le bazar dans le monde des déchets. Ces gros conteneurs, enterrés ou posés sur le bitume, sont destinés à recevoir les déchets préalablement triés (non recyclables, papiers et plastiques recyclables, verres) des habitants de l’immeuble ou du pâté de maisons alentours.

Economiques

Pour les collectivités qui organisent le ramassage, ils s’avèrent bien moins coûteux à gérer que la collecte en porte-à-porte des poubelles individuelles ; cela explique en grande partie leur prolifération aux quatre coins de l’hexagone (et ce n’est pas fini). En revanche, leur taux de récupération des matières recyclables est globalement moins bon.

En 2015, un rapport d’Amorce (l’association nationale des collectivités territoriales et des professionnels pour une gestion locale des déchets, de l’énergie et des réseaux de chaleur) détaille les différentes difficultés de gestion des points d’apport volontaire rencontrées par un panel de 251 collectivités locales.

Mais cracra


En première position, on trouve la saleté des abords des points d’apport : 96 % des collectivités font part de ce souci. En cause, les dépôts de déchets effectués au pied des conteneurs plutôt qu’à l’intérieur. Il suffit généralement d’un premier dépôt pour que s’ensuive une réaction en chaîne : l’usager suivant pense que le conteneur est plein et dépose à son tour au pied du conteneur ses déchets. Les collectivités sondées évoquent également largement les dépôts sauvages de déchets encombrants – qui n’ont rien à faire là puisqu’ils sont destinés à la déchetterie – mais dont leur ex-propriétaire a jugé plus pratique de se débarrasser.

La crasse des points d’apport eux-mêmes (ah, ces belles coulures de fonds de bouteille ou de boîtes de conserve sur les parois) arrive en deuxième position.

Les actes de vandalisme (tags, affichage sauvage, conteneurs partiellement brûlés…) ferment ce trio de tête peu reluisant.

Et même pas beaux

Viennent ensuite les débordements de conteneurs qui n’ont pas été vidés à temps, les plaintes des riverains suite au bruit suscité à toute heure (de verre brisé par exemple), la présence de rongeurs ou d’insectes, la conception bien peu ergonomique de la trappe (trop haute, trop petite, obligeant à se salir les mains)…

A noter que la laideur des points d’apport volontaires, particulièrement dans les centres urbains, fait partie des récriminations les plus courantes des riverains.

Face à tous ces désagréments, des solutions existent-elles ? Allez savoir pourquoi, les points d’apport volontaire ne suscitent pas la créativité. Ni aucune innovation de nature à mettre un terme définitif à tous les problèmes recensés plus haut. Quelques expériences menées ici et là s'avèrent néanmoins instructives.

La solution technologique

La fréquence de ramassage des conteneurs est stratégique. Trop faible, elle engendre des débordements et démotive les bons trieurs. Trop élevée, elle devient coûteuse (des camions se déplaçant pour collecter des conteneurs à moitié vides). Elle se doit aussi tenir compte des spécificités locales (festivités ponctuelles, saison touristique…). L’anticipation, c’est le secret de la bonne fréquence de collecte.

Des solutions technologiques sont aussi développées par les fabricants de points d’apport volontaire. Grâce à un suivi informatisé identifiant chaque colonne (puce, GPS, code barre) et à des capteurs de taux de remplissage, il est désormais possible de procéder à la collecte du conteneur pile au bon moment, d’établir la fréquence de vidage de chaque conteneur, les rendements de la collecte et de déceler des anomalies éventuelles…

La solution répressive

Excédées, certaines collectivités n’y vont pas par quatre chemins. Pour dissuader les vandales et les auteurs de dégradations, elles installent des caméras de vidéo-surveillance braquées sur les points d’apport volontaire.

Cette mesure est financièrement envisageable lorsque les points d’apport volontaire sont en nombre réduit ou lorsque les caméras sont mobiles. Reste la difficulté de l’identification du contrevenant. Mais la mesure semble exercer un réel effet dissuasif, d’après les maires l’ayant adoptée.

La solution humaine

Les points d’apport volontaires coûtent moins cher que la collecte en porte à porte, on l’a déjà dit. Certaines collectivités profitent des économies réalisées lors de l’abandon de la collecte en porte-à- porte pour constituer des brigades spécialisées dans le nettoyage quotidien des abords des conteneurs. Cette solution est particulièrement prisée dans les centres-villes historiques et les villes touristiques, soucieuses de préserver leur image de marque.

La solution ludique

La théorie de l’amusement – « The fun theory » – a notamment été popularisée par une campagne de communication lancée il y a quelques années par le constructeur automobile Volkswagen. Elle consiste à inciter, en le rendant ludique, un changement de comportement.

Dans la vidéo ci-dessous, un point d’apport volontaire, transformé en jeu d’arcade, devient un objet d’attraction et suscite un tri accru des déchets.

Dans le même ordre d’idée, des étudiants d’une école de publicité avaient remporté le « challenge incivilités » organisé par la Ville de Bordeaux en imaginant une poubelle parlante, en interaction avec  les passants.

Ce type d’opération, destiné à marquer les esprits, n’est cependant pas envisageable partout et de façon permanente. C’est pourquoi l’initiative de Lucerne apporte un compromis séduisant. La ville suisse a dessiné, autour de ses poubelles, des labyrinthes, des marelles et autres zones de tir (voir photo ci-dessous). L’idée semble extrêmement reproductible autour des points d’apport volontaire.

La solution globale

La communauté d’agglomération du Grand Besançon fait partie des collectivités locales ayant poussé le plus loin la réflexion autour des points d’apport volontaires. Comme l’explique Marie-Laure Journet-Bisiaux, directrice de la gestion des déchets, « tous les aspects ont été examinés en même temps afin d’établir une stratégie coordonnée d’amélioration de la collecte des déchets recyclables ».


Outre les aspects classiques – liés à l’enfouissement dès que cela est possible, à la fréquence de la collecte, à la capacité, aux emplacements et au maillage des points d’apport –, des aspects plus novateurs ont été pris en compte. En réponse à la problématique spécifique des déchets cartons des commerçants, un système de « roll » (panier métallique sur roulettes) est ainsi testé.

Un travail particulièrement intéressant a été engagé avec un métallier local afin de concevoir de nouvelles bornes enterrées sur-mesure, à la fois sérigraphiées, anti-graffiti et anti-affichage. Un soin particulier a été apporté à l’ergonomie de la trappe d’avalage. L’architecte des bâtiments de France a été associé à la démarche du début à la fin.


La communauté d’agglomération soigne également le look des futurs points d’apport aériens qui seront installés courant de cette année dans le centre-ville historique de Besançon, comme en témoigne le photomontage ci-contre.

La solution artistique


Plusieurs collectivités font appel à des graffeurs pour apporter une âme et une identité à leurs points d’apport volontaire, dans l’espoir que les habitants se les approprient et les respectent davantage. C’est par exemple le cas de Strasbourg, qui a lancé un appel à projet de création urbaine sur ses conteneurs à verre.

Top et flop

Paris.- Initialement implantés dans cinq arrondissements parisiens en 2016, les Trilib’ – qui doivent leur nom au fait qu’ils sont disposés, non pas sur les trottoirs, mais sur des places de stationnement comme les Vélib’ et Autolib’ – ont rencontré un succès immédiat. Il est vrai que dans le contexte d’habitat très dense parisien, le tri poussé des déchets est rendu difficile par l’absence de place, dans les espaces communs des immeubles, où stocker les différents bacs de déchets. Au fil du temps, les Trilib’ ont connu quelques modifications pour mieux répondre aux besoins réels des habitants : les bacs destinés à recevoir les cartons ont par exemple été agrandis ; le succès de la vente à distance génèrant des emballages de plus en plus grands. Les Trilib’ sont désormais amenés à se multiplier dans la capitale en remplacement des collectes en porte-à-porte.

Béthune.- L’année dernière, 140 points d’apport volontaire flambant neufs avaient été installés en ville. Les réactions des habitants ont été extrêmement nombreuses, vives et négatives – « moches », « gênant la visibilité à certains carrefours », « dotés une trappe trop haute »… Face à cette bronca populaire, le maire, Olivier Gacquerre, a préféré renoncer.

L'auteur

Journaliste spécialisée dans les questions urbaines, Vanessa Delevoye est la rédactrice-en-chef d'Urbis le mag.