UP : les territoires s'envoient en l'air

Urbanisme
Vendredi 23 juin 2017




Connaissez-vous UP ? Ce concours d’idées a vu le jour en 2014 à Trouville sous l’impulsion de Franck Bodin, géographe-urbaniste et enseignant-chercheur, et de Marie-Lavande Laidebeur, ethnologue, tous deux membres du laboratoire de recherche lillois Territoires, villes, environnement, société (TVES). Urbis le Mag les a rencontrés pour en savoir plus.

- « En quoi consiste l’appel à idées UP ?

Comme son nom l’indique, UP vise à tirer les territoires vers le haut en imaginant leur avenir. C’est un projet sociétal global qui associe les habitants, les écoliers, les élus et bien sûr les candidats du concours d’idées d’aménagement durable, qui constitue le cœur de UP.

- Comment s’est déroulée la première édition, à Trouville-sur-Mer ?

Plusieurs enjeux avaient été identifiés en amont avec les élus locaux, comme cet énorme problème de connexion entre le haut et le bas de la ville ou encore la place de la voiture – l’été, Trouville passe de 5 000 à 50 000 habitants et il devient impossible de se garer.


L’appel à idées international a remporté un franc succès puisque 168 équipes ont postulé, soit 513 participants venus de 23 pays différents ! Pour leur faire découvrir le territoire, nous avons organisé des visites de terrain également ouvertes au grand public pour pouvoir échanger avec les habitants, à la suite de quoi 96 projets ont été déposés.

Au final, 15 ont été sélectionnés. Une exposition a alors été montée pour les présenter le plus largement possible, grâce à des vidéos, des maquettes, des photos… Nous avons réussi à mobiliser 1 100 scolaires de 8 à 16 ans qui ont livré leurs propres idées pour l’avenir de Trouville et attribué un prix de la Jeunesse à l’un des projets en lice.

- Pour la deuxième édition, vous avez mis le cap sur un tout autre type de territoire, une communauté de communes rurales…

Oui, la deuxième édition de UP s’est déroulée en 2016 sur la côte d’Albâtre, un territoire constituées de 38 petites communes.


Associer la notion d’innovation avec la ruralité était déjà en soi innovant ! Les sujets tournaient autour de l’attractivité, de la centrale nucléaire, de l’écologie en lien avec l’agriculture… Environ 130 équipes ont postulé. Une maquette interactive a été réalisée : elle permet de visualiser les enjeux d’avenir et les différents projets des équipes en lice. Grâce à cette maquette, un débat a pu s’engager avec les habitants (lire notre encadré plus bas).

- Quel est l’intérêt d’accueillir UP pour un territoire ?

Le fourmillement d’idée qui en résulte ! Le territoire est évidemment aussi mis en lumière et valorisé. La créativité urbaine y est stimulée. A Trouville, des réalisations concrètes ont vu le jour : un parking aménagé a par exemple permis de désengorger le bas de la ville. Et l’idée d’un funiculaire ou d’un téléphérique fait son chemin parmi les élus. »

Zoom sur deux projets primés

Le Grand prix du jury UP Trouville

L’équipe “Wonk+BD+ML” propose de créer une nouvelle centralité à Trouville grâce à une halle couverte (notamment dédiée à la vente directe de produits locaux), un espace public et  un parking-prairie (rendu à l’état de pâturage en basse saison touristique).

Le prix de l’innovation UP Côte d’Albâtre

C’est une vision à trente ans du littoral que l’équipe ALEA, lauréate du prix de l’innovation, a livré avec son projet de parc paysager expérimental englobant énergies renouvelables, protection des espèces maritimes en danger, développement de nouvelles cultures d’algues et de coquillage, reconversion de la centrale nucléaire en centrale de biomasse...

Une maquette interactive pour susciter le débat


« Au départ, nous n’avions pas prévu de produire cette maquette interactive », raconte Franck Bodin, le directeur scientifique de UP. « Le savoir-faire d’un stagiaire nous a permis de nous lancer dans cette aventure entièrement financée par le laboratoire TVES. »

Il a fallu huit mois pour créer une maquette en relief représentant les 38 communes de la Côte d’Albâtre et y associer une technique de projection d’images permettant de rendre perceptibles tous les enjeux d’avenir du territoire. « On peut par exemple se rendre compte de ce qui se passerait si la centrale nucléaire fermait », indique Franck Bodin.

Missions de service public

« Maintenant que nous possédons ce savoir-faire, nous sommes en mesure de créer des maquettes interactives pour n’importe quel territoire. Toutes les missions visant à rendre un service public nous intéressent et sont possibles » : expliquer un projet d’aménagement de façon pédagogique, organiser une concertation sur un plan local d’urbanisme, comprendre en un coup d’œil quels choix se révéleront décisifs pour l’avenir d’un territoire…

« En tant que chercheurs, notre but est de susciter le débat avec les habitants, de stimuler l’imagination dans le but de voir émerger des initiatives de recherche et de développement. »

Contact : Franck Bodin bodin.franck@gmail.com

L'auteur

Journaliste spécialisée dans les questions urbaines, Vanessa Delevoye est la rédactrice-en-chef d'Urbis le mag.