Covid 19 : les réseaux gratuits souffrent aussi

Le labo du bus gratuit
Mardi 13 octobre 2020

En septembre 2020, Dunkerque est le seul réseau de transport à afficher une hausse de fréquentation par rapport à 2019.




Au plus fort de la crise sanitaire du Covid-19, les réseaux de transports en commun urbains ont souffert. Hauts lieux de transmission virale supposés, les bus, les tramways et les métros ont été boudés par leurs usagers habituels. Partout, les chiffres de fréquentation ont plongé. L’Observatoire des villes du transport gratuit s’est alors interrogé : les réseaux de transport gratuits ont-ils mieux résisté à la tempête que les payants ? La gratuité leur a-t-elle permis de voir leurs taux de fréquentation remonter plus rapidement ?

L’hypothèse d’une meilleure résistance des réseaux gratuits à la crise sanitaire a été immédiatement mise à mal lorsque nous avons obtenu les chiffres de fréquentation de différents réseaux de transports et pu effectuer une comparaison entre les gratuits et les payants.

Du 16 mars au 10 mai 2020, soit la période du confinement, les très grands réseaux urbains payants* ont enregistré une chute moyenne de 94 % de leur fréquentation en semaine. La remontée a été lente le mois qui a suivi (-65 % de fréquentation en moyenne du 11 mai au 15 juin 2020).

Les grands réseaux gratuits ont été tout aussi lourdement affectés. Châteauroux a ainsi perdu 90 % de ses usagers pendant le confinement et 50 % le mois suivant. Niort affichait encore -69,4 % durant ce mois de reprise d’activité. L’agglomération de Calais venait, elle, tout juste d’instaurer la gratuité (le 1er janvier 2020). Difficile dans ce contexte d’évaluer avec justesse la perte d’attractivité de son réseau… Tout juste peut-on constater, en prenant la fréquentation de la dernière semaine avant le confinement comme référence, une chute de 92 % pendant le confinement et de 71 % le mois suivant.


Dans cette bérézina générale, un seul réseau se distingue. Celui de l’agglomération dunkerquoise. Il affichait déjà une baisse un peu moins prononcée de fréquentation que les autres réseaux pendant le confinement (-84 % de fréquentation en moyenne) et le mois de déconfinement suivant (-46 %).

L’exception dunkerquoise

Cette exception dunkerquoise s’est confirmée avec le temps. « Dès cet été », indique Didier Hubert, expert mobilité à la communauté urbaine de Dunkerque (CUD), « nous avons compris qu’il se passait quelque-chose sur le réseau. Nous avons enregistré une fréquentation bien meilleure qu’escomptée : seulement -4 % en juillet et août par rapport à 2019. »

En septembre, une reprise d’activité plus consistante a été constatée dans tous les réseaux de transports métropolitains. Du 31 août au 27 septembre 2020, les grands réseaux payants français* avaient récupéré en moyenne 72 % de leurs usagers (soit -28 % de fréquentation). Avec 78 % d’usagers récupérés, soit -22 % de fréquentation, le réseau gratuit de Châteauroux faisait figure de réseau en forme. Un dynamisme attesté par un taux de fréquentation encore en augmentation les onze premiers jours d’octobre 2020 : -18,5 %.

Un taux « dans la norme » si l’on se réfère à une enquête menée début juillet par l’institut d’études MV2 selon laquelle 17 % des personnes interrogées n’envisageraient pas de reprendre les transports en commun à court ou moyen terme


Depuis la rentrée scolaire, Dunkerque reste le seul réseau à notre connaissance à afficher un solde positif en termes de fréquentation. « En septembre, nous avons constaté +9 % de fréquentation par rapport à la même période l’année dernière », relate Didier Hubert. « Un record a même été battu la semaine dernière (soit la semaine du 5 octobre 2020) où nous avons passé, pour la première fois dans l’histoire de notre réseau gratuit, le cap des 400 000 voyages effectués en une semaine. »

Comment expliquer ces bons chiffres ?

Laurent Mahieu, directeur du réseau Dk bus (Transdev), formule deux hypothèses pour expliquer cette exception dunkerquoise. D’abord la gratuité : « Un lien s’est créé entre les Dunkerquois et leurs bus : les gens sont heureux d’avoir un moyen de transport gratuit, fréquent, simple et efficace. Le Covid n’y change rien ». Ensuite, les mesures prises très rapidement pour garantir la sécurité à bord des bus : « Nous avons immédiatement interdit la montée par l’avant dans tous nos bus. C’était une mesure de protection pour les chauffeurs et c’était une mesure que la gratuité nous permettait de prendre sans problème. L’absence d’échange de monnaie est un élément sécurisant pour tous ».

Et puis, dès le 11 mai, une armada de mesures complémentaires a été déployée : gel désinfectant dans chaque bus, marquage au sol des distances physiques à respecter aux arrêts, désinfection des véhicules chaque soir, nettoyage des points de contacts (barres etc.) à chaque passage en bout de ligne… « Ces mesures ont rétabli la confiance. Et un nouveau pas a été franchi lorsque nous avons communiqué le taux de remplissage des bus en approche, grâce à notre application numérique. Ainsi, l’usager peut décider de ne pas prendre le bus qui arrive s’il le juge trop rempli et d’attendre le suivant. »


Xavier Dairaine, directeur de l’ingénierie à la CUD, rappelle pour sa part que « Le Covid représente à la fois un surcout pour la communauté urbaine – nous avons dépensé 815 000 euros supplémentaires pour financer les gels, les nettoyages, la communication et l’embauche d’ambassadeurs chargés de rappeler les gestes barrières – et aussi une économie : nous n’avons pas payé les kilomètres non effectués durant le confinement et jusqu’au 11 mai, date de reprise de l’activité normale du réseau ».

*Panel constitué des réseaux de Bordeaux, Caen, Dijon, Grenoble, Marseille, Lens, Lille, Lyon, Nîmes, Rennes, Rouen, Toulon, Toulouse, Tours et Valence.

 

Soutien de l'Etat aux collectivités : les réseaux gratuits satisfaits

Dans son plan de soutien aux collectivités locales post-Covid 19, l’Etat a annoncé qu’il compenserait les pertes de Versement mobilité (la taxe sur les entreprises jusque récemment appelée Versement transport et qui sert à financer les réseaux de transports publics locaux) sur la base d’une moyenne sur les trois dernières années. Pour les réseaux gratuits, c’est une bonne nouvelle. Les réseaux payants affichent, eux, leur mécontentement : ils ne recevront rien pour compenser les pertes de billetterie enregistrées pendant et après le confinement.

Les 3 points clefs de cet article

1.- Le Covid 19 a fait plonger les chiffres de fréquentation de tous les réseaux de transports en commun de France.

2.- La gratuité ne semble pas avoir permis aux réseaux de mieux affronter la période de confinement et le mois de déconfinement qui a suivi.

3.- Dunkerque est le seul réseau à tirer son épingle du jeu depuis la rentrée scolaire (augmentation de la fréquentation par rapport à 2019). Les acteurs locaux attribuent ces bons résultats à la gratuité ainsi qu’aux mesures prises pour rassurer les usagers.

L'auteur

Journaliste spécialisée dans les questions urbaines, Vanessa Delevoye est la rédactrice-en-chef d'Urbis le mag.