Espaces publics : reconquérir les délaissés

Villes post Covid-19
Vendredi 12 juin 2020




Le Covid-19 a permis aux urbanistes de vérifier certaines de leurs théories. Comme l’importance d’investir et de valoriser tous les espaces publics, y compris les minuscules, les bancals, les plein Nord… Bref, les « sans potentiel particulier », du moins à première vue. Car ce fameux virus a paré tous les espaces publics d’une seule et même vertu égalitariste : celle d’exister. Pour se dégourdir les jambes, organiser un concours de corde à sauter avec son enfant, prendre le soleil quelques minutes… pendant et après le confinement, chaque bout de trottoir de nos villes a pris de la valeur. Et si cela perdurait ?

Durant le confinement, jamais l’espace public urbain n’aura été autant chargé de symboliques contradictoires.

Espace public égal danger


Désinfection des rues à Cannes.

Bienvenue dans un monde à haut risque ! Une ville où le mobilier urbain, les bancs, les bacs à fleurs, et autres arceaux vélos apparaissent comme autant de sources de contagion possibles… Dans les rues de quelques villes françaises, on a vu débarquer des armadas chargées de tout désinfecter à grands jets de produits chimiques. Une action dont l’efficacité reste à démontrer (la durée de vie du virus en extérieur n’étant a priori pas très longue) et qui aura plus sûrement eu des effets nocifs sur la faune et la flore, sans parler des êtres humains qui vivent là.

Messe drive in à Châlons-en-Champagne.
Messe drive in à Châlons-en-Champagne.

Peur sur la ville, peur de l’autre, peur de tout… Les premiers temps du confinement ont laissé craindre l’avènement d’une ville irrationnelle et terrifiante où chaque postillon représente une menace. Les urbanistes se sont interrogés : la voiture individuelle allait-elle en sortir plus forte, son armature d’acier faisant office de séduisant bouclier anti viral ? 

Espace public égal bonheur

Dans le même temps, certains citadins ont changé leurs habitudes. Ils ont circonscrit leurs déplacements à l’échelle de leur quartier et, souvent, privilégié la marche à pied (ou le vélo) pour se rendre dans des commerces de proximité : les courses alimentaires ont alors constitué un prétexte agréable pour s’aérer et croiser – à bonne distance – d’autres êtres humains dans le but d’échanger quelques banalités réconfortantes.

Là, chaque espace, chaque interstice urbain a pris de la valeur : la cour goudronnée entourée de garages a été investie par les enfants pour jouer, la dent creuse remplie d’herbes folles a permis au chien de gambader… Tous ces lieux, même les plus petits, ont constitué des espaces de respiration salvateurs pour les urbains sans jardin.

Prise de conscience

L’impensable est alors arrivé : les habitants ont commencé à se plaindre de la largeur insuffisante des trottoirs, de la place prise par les stationnements des voitures, du manque de rues piétonnes… Ils avaient goûté le calme, le chant des oiseaux, une meilleure qualité de l’air… Ils ont alors réclamé des aménagements faisant la part belle à la nature et davantage de pistes cyclables. L’idée d’un urbanisme de proximité, d’une ville à échelle humaine plutôt qu’à celle de la voiture individuelle, est soudain devenue désirable par le plus grand nombre. Un rêve éveillé d’urbaniste !

Actions !

Les bonnes idées – notamment celles relatives à l’urbanisme tactique – n’ont pas manqué pour répondre à ces aspirations légitimes. De nombreuses réalisations ont été menées : pistes cyclables temporaires, trottoirs élargis, rues piétonnisées pour permettre aux habitants de se croiser en respectant la distanciation physique préconisée.

Terrasse de café élargie dans une rue classée « zone de rencontre », à Dunkerque.

Comment continuer ? Renaturer la ville est un objectif réaliste à moyen terme et ce, sans gros efforts. Pourquoi ne pas planter davantage de plantes en bacs ? Laisser pousser les herbes folles ? Transformer des parkings peu utilisées en espaces verts ? Autoriser les riverains à verdir leurs frontages (cet espace public juste devant leur façade d’habitation, sur le trottoir) ?

Et enfin, pourquoi ne pas investir les espaces publics minuscules, bancals, « sans potentiel particulier », du moins à première vue ? Ces espaces modestes et délaissés, longtemps considérés dans leurs aspects uniquement fonctionnels, ont été considérés par les habitants comme des espaces précieux de possible durant le confinement.

Deux paysagistes de l’Agence d’urbanisme de Dunkerque (AGUR) proposent de les valoriser. Voici leurs idées pour aménager un espace public de taille réduite (a minima 2,5x5 m, soit une place de parking). Elles vous sont présentées de la plus sommaire à la plus élaborée qui nécessite le plus d’investissement et de travail.

Pour zoomer sur chaque proposition d'aménagement

Un article réalisé avec le concours de Chloé Descamps et Vincent Charruau de l’AGUR.

L'auteur

Journaliste spécialisée dans les questions urbaines, Vanessa Delevoye est la rédactrice-en-chef d'Urbis le mag.