Plongée dans le futur à Dunkerque : la gratuité 30 ans après

Le labo du bus gratuit
Mercredi 04 décembre 2019




Dunkerque, 2050 : 30 ans après la gratuité des bus, à quoi ressemble la vie quotidienne ? A l’invitation d’Urbis le Mag et du learning center de la ville durable, une quarantaine d’habitants s’étaient donné rendez-vous ce vendredi 29 novembre pour imaginer ensemble leur futur. Seule contrainte imposée de cette soirée basée sur le concept du « Bright Mirror » : livrer des scénarios d’anticipation résolument optimistes, aux antipodes du pessimisme ambiant et de la série de science-fiction « Black Mirror » rendue célèbre pour ses projections dans un avenir angoissant.

Le moins que l’on puisse dire est que les participants ont été inspirés par le thème d’une ville évoluant et se transformant sur tous les plans suite à l’instauration, trente ans plus tôt, d’une politique publique de transport gratuit. Les habitants se sont montrés extrêmement imaginatifs pour produire dix scénarios où s’entremêlent nouvelles façons de se déplacer, de travailler, de se distraire ou de s’aimer sur fond d’air pur et de société apaisée. Morceaux choisis.

Drague sur la ligne 5.- « Le mardi, c’est le jour du Bal bus-ette sur la ligne 5, un rdv incontournable ! Je vais y retrouver mes copains de bus et ma belle inconnue. Dans cette navette vitrée à deux étages, deux salles, deux ambiances. En bas, dans l’espace zen, je vois Martin qui recharge ses batteries au propre comme au figuré, tandis que Carole est sur la borne connectée pour accéder aux services en ligne. Moi, ce qui m’intéresse c’est la piste de danse où je sais que je vais retrouver mon inconnue, rencontrée sur une vieille chanson de Taylor Swift et que j’observe depuis plusieurs semaines. »


24h de travail.- « On ne travaille plus que 24 h par semaine dans mon entreprise. L’après-midi est réservé à des investissements pour la collectivité. J’ai choisi de rejoindre l’association la Fabrique Verte. Aujourd’hui nous allons semer des carottes dans notre potager biologique. »

Arcelor-Mittal, haut lieu de distraction.- « Dunkerque est désormais sous les eaux, Bergues étant le bord de mer. C’est en vaporetto que l’on se rend pour se distraire à Arcelor Mittal, devenue l’Aciera, un complexe Atlantide, un site éconautique où l’on peut pêcher le poisson, écouter des concerts aqua-symphoniques ou buller au parc d’attraction »


Sérénité d’une ville sans voiture.- « En 2000, on disait « La ville est invivable à cause de la voiture, la campagne est invivable sans la voiture ». Pas faux. Mais en 2050, la gratuité des transports en commun et la quasi disparition de la voiture individuelle en ville a complètement changé la donne : la ville-centre est devenue le lieu convivial, calme apaisé dont chacun rêvait. De nombreuses ressourceries, recycleries, repair et cybercafés, bistrots-services se sont installés. Ce qui sidère le plus, c’est la sérénité qui règne en ville en raison de l’absence de bruit. »

Changer de sexe comme de chemise.- « C’est gonflé d’espoir que j’espère retrouver Ernestine, mon amour de lycée, recroisée la semaine des 30 ans du bus, dans le C3.  Arrivé sur la place Dauphine, j’expédie mes achats bio et locaux, je file à l’atelier massage et huiles essentielles locales. Après un shoot de camomille noble et de laurier, échappant ainsi aux conseils obstinés de mes parents, nostalgiques du cannabis, mon objectif est la sérénité et le courage. Je la cherche du regard, hésite, puis reconnais finalement Ernest, aux yeux sublimement verts. Depuis que c'est possible (en 2036 si ma mémoire est bonne), Ernest.ine aime à changer de sexe, entièrement, partiellement, selon ses envies et son bon plaisir. Courageusement, je m’approche et lui dis : "Tes seins sont sublimes aujourd’hui, Ernest." »


Choc de génération.- « Je m’appelle Spicy, et je suis girl. Je vis avec un vieux du vingtième siècle. Il m’a raconté que quand il avait mon âge, tout était payant. Gagner sa vie, gagner du temps, gagner sa croute, on n’arrivait pas à conjuguer être sans avoir… J’ai pas vraiment compris son histoire de premier de cordée, il me parle de compétition, de cooptation, de piston… Quand je lui parle de coopération, il a le regard vide. On ne se comprend pas. »

Souvenirs d’une époque révolue.- « Le bus arrive. Je monte et le vieux monsieur aussi. Je m’installe sur un siège. Par la fenêtre, je vois que les habitants sont nombreux à se déplacer, mais qu’aucun n’utilise de voiture. Je me rends compte que l’air est plus pur ici que chez moi, le ciel n’est pas sans cesse gris.

"A Lille et Dunkerque", m’explique le vieux, "on n’a plus connu de pics de pollution depuis quelques années".

J’admire le paysage. "C’est beau, toute cette végétation."

- "Quand j’étais jeune, les parkings pullulaient, les voitures ceinturaient les trottoirs. On respirait des particules à longueur de journées. Il fallait payer une voiture, l’assurance, l’essence, le stationnement. Tout cet argent aujourd’hui sert à des choses beaucoup plus essentielles." »

 

Découvrir l'intégralité des scénarios


Les dix scénarios élaborés par les participants au Bright Mirror dunkerquois ont été mis en ligne sur la plateforme créée la société Bluenove, dépositaire du concept Bright Mirror. Vous pouvez les retrouver dans leur intégralité ici.

La vidéo du Bright Mirror dunkerquois

L'auteur

Journaliste spécialisée dans les questions urbaines, Vanessa Delevoye est la rédactrice-en-chef d'Urbis le mag.